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Dans le Monde de l’Economie, on peut lire à propos de la nouvelle patronne de France-Télévisions qui nous vient d’Orange – pas la ville, l’opérateur :  » Du côté des chaînes, elle compte faire évoluer France 2 vers l’« événementiel », c’est-à-dire la chaîne du « voir ensemble », qu’il s’agisse de l’information, du sport ou des télés crochets. »[1]

Voir ensemble … s’agirait-il de cette association ou « Mouvement chrétien des personnes aveugles et malvoyantes » ? Paradoxal si l’on songe qu’il s’agit de télévision. « Voir ensemble », c’est aussi le nom d’un Festival « pour jeune public ».

Mais l’article – le voir ensemble – peut laisser perplexe. Il est à la mode, bien sûr, de substantiver le verbe sans trouver le substantif : ainsi l’ineffable « le vivre ensemble », mais on pourrait dire « le aimer bien », « le prendre congé », « le faire l’amour ».

« Le voir ensemble » ! Quel programme !

Surtout que c’est une vraie question philosophique. Comment sait-on que l’autre voit ce qu’on voit ? Comment sait-on que le rouge est le rouge pour le voisin ? Aucun savant, semble-t-il au cours des recherches sur le cerveau, n’est parvenu à le déterminer.

Pas grave puisqu’à la télévision, pour parodier l’oxymore claudélien, l’oeil écoute. Et qu’il entend souvent le contraire de ce qu’il voit, bref « le voir ensemble » c’est n’en croire pas ses yeux.

Tous à la même heure, on aura la berlue, soit, suivant la définition du Littré, « une sensation visuelle anormale avec la perception d’objets ou de lumière qu’on n’a pas réellement devant les yeux ».

Le message n’est même plus massage, comme l’écrivait Marshall Mc Luhan[2] nous prédisant son « village global », il devient éblouissement.

Avec le « voir ensemble », la boucle sera bouclée : nous serons tous des éberlués.

[1] http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/04/24/comment-delphine-ernotte-veut-transformer-france-televisions_4622386_3234.html

[2] The Medium is the Massage: An Inventory of Effects, Bantam Books, New York, 1967

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